Placide Gaboury

Le chant d'une vie

Placide Gaboury,

écrivain canadien (Bruxelles, Manitoba, 5 octobre 1928 – Louiseville, Québec, 27 mai 2012). Mais aussi au fil du temps : enfant mystique, pianiste prodige et plus tard musicien accompli, étudiant doué, peintre, poète, docteur en littérature, critique d’art, professeur (collège et université), prêtre catholique, jésuite, explorateur spirituel, ésotériste, expérimentateur psychédélique, instructeur de méditation, conférencier; puis, une fois affranchi de tout dogme tant religieux que philosophique ou scientifique : accompagnateur spirituel, pionnier de la spiritualité ouverte et de l’autonomie spirituelle.

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Pour comprendre le parcours semé d’embûches et souvent difficile de cet essayiste visionnaire qui a écrit une soixantaine de livre de 1967 à 2012, une seule clé : SINCÉRITÉ. On peut tuer par sincérité, et c’est ce que Placide Gaboury a fait! Mais ses seules victimes furent l’intolérance et l’insuffisante suffisance de ceux qui disent savoir. Lui que plusieurs considéraient, bien malgré lui, comme un maître spirituel, s’est toujours défendu de savoir. Il ne faisait qu’élargir et approfondir sa propre conscience de l’Ultime, cet Ultime Réel qui s’était subtilement, mais de façon indélébile, introduit jadis dans sa réalité d’enfant. Toute sa vie, c’est cette expérience croissante de l’Ultime qu’il a partagée avec ses lecteurs, espérant que ceux-ci sauraient lire entre les lignes et au-delà des mots :

Un Royaume est en train d’émerger dont on ne connaît pas encore le vrai visage, puisque c’est celui de l’Esprit. (Devenir religieux, 1967)

Pour celui qui a une expérience mystique, une religion culturelle a une valeur négligeable. (Les voies du possible, 1975)

Les actes humains sont comme des feuilles et des fruits qu’on perçoit sur les branches d’un arbre – par leur sève, ils demeurent enracinés dans l’invisible. (La grande rencontre, 1987)

La vie est plus que n’importe quelle croyance. Elle ne peut être enfermée dans aucun système ni dans aucune institution... Rien ne peut la contenir. (Renaître de ses cendres, 1991)

Il appartiendra désormais à chacun de se rendre compte par lui-même que les systèmes de croyance fanatiques se nourrissent d’une même vision et défendent la même hypnose. (L’envoûtement des croyances, 2000)

La rose ne livre jamais son mystère. (L’appel de l’Innocence, 2013)

L'appel de l'Innocence
L’Amour est un océan à l’attrait duquel
ne peuvent résister aucune rivière,

aucun filet d’eau, aucune goutte.

appel innocence

Ce n’est que quelques jours avant sa mort, alité dans une unité de soins palliatifs, que Placide Gaboury met la touche finale à ce qui sera son testament spirituel.

De 1928 à 2012, de l’inconsciente innocence de l’enfance à l’Innocence assumée du vieux sage, il aura été enfant mystique, croyant révolté, pourfendeurs des dogmes établis et des « vérités » à la mode, défenseur de l’autonomie spirituelle et pionnier d’une spiritualité ouverte encore à définir.

Par-dessus tout, il était épris de vérité. Cette vérité absolue aux facettes relatives infinies qu’il a dépeinte constamment au fil du temps, en mots, en musique et en peinture. Une vérité pourtant impossible à décrire, il le savait bien ! Néanmoins, il en parlera toujours, encore et encore, comme un vieil amant débordant d’Amour, jusqu’à la dernière ligne, jusqu’à la fin — et pour les coeurs ouverts, au-delà des mots et de la mort…

Hommage à l'oeuvre écrite de Placide Gaboury
par Richard Cummings*


(Transcription de l’allocution, prononcée le 26 mai 2013, lors du lancement du dernier livre de Placide Gaboury, L’Appel de l’Innocence, L’Héritage d’une vie (éd. Fides) à la librairie Monet de Montréal.

À contempler la somme des ouvrages publiés par Placide Gaboury (plus de 60 titres) vous comprendrez fort bien que je ne pourrai me livrer à une exégèse savante de son oeuvre dans le temps qui m’est imparti. En me limitant à seulement 20 secondes par livre, je solliciterais votre attention pendant déjà plus de 20 minutes; ce qui vous en conviendrez, serait inconvenant dans les circonstances.

Je vais plutôt simplement me contenter de dégager quelques lignes de fond. Pour beaucoup de francophones et pour beaucoup de Québécois, Placide Gaboury a été celui qui a autorisé des chercheurs de vérité à initier un cheminement spirituel. En effet, dans un Québec post-Révolution Tranquille, qui avait eu tendance à rejeter le bébé (de l’héritage de son passé religieux) avec l’eau du bain (culturel), Placide aura offert des « Voies d’une possible spiritualité», en traçant nettement la distinction entre spiritualité et religion.

Bref, en permettant de conserver « le bébé d’une seconde naissance spirituelle, tout en laissant aller les eaux trop souvent souillées d’une religion usée».

Ces premiers titres d’ouvrages grand public , tels « Les Voies du possible « , «L’Homme qui commence», « Un torrent de silence » , et le remarquable livre «L’Homme inchangé « ont été autant de passeports et de bâtons du pèlerin pour autoriser ses nombreux lecteurs à se mettre en route sur leur propre «chemin spirituel.

À titre de communicateur spécialisé dans l’animation d’émissions radiophoniques axées sur La quête de sens, ce que j’ai aimé des livres de Placide, c’est qu’ils me donnaient l’occasion d’offrir à mon public – alors que j’étais à Radio-Canada - des livres qui étaient de remarquables synthèses documentées. En sont témoins des lectures nourries par Placide dans certains domaines, comme ceux-ci : « La grande rencontre « qui examinait le rapprochement de certains hommes de science avec le monde spirituel.

L’œuvre de Placide aura aussi été une mise en ordre des valeurs, une oeuvre de discernement, tel son livre « Mûrir, ou comment traverser le Nouvel-Âge sans se perdre », édité par notre amie commune, Colette Chabot.

Discernement aussi entre les niveaux psychique et spirituel, entre les « Belles Histoires des Pays dans Haut du monde psychique », avec son cortège de médiums, de communication avec les morts, avec ce qu’il appelait « Le pays d’après », sujet qu’il avait exploré à fond, mais dont il voyait la toute relative importance.

Car, chez-lui, il n’y avait aucun rejet de ces dimensions dans son travail de discernement, car toute chose a sa place, toute dimension de l’Être, est à comprendre et à recevoir à sa juste place.

On retrouve ce leitmotiv dans toute son œuvre, un rappel répété de l’essentiel. Je le cite : « Il n’y a jamais rien de neuf en spiritualité, c’est toujours le même message.
- Dire « Oui » à tout! Accepter ce qui est, pour mieux ensuite l’intégrer et le transcender. (Le sens de « transcender, c’est aller au-delà mais inclure tout ce qui précède », selon Ken Wilber).

Et puis, il y a eu - pour Placide Gaboury - une décennie de publication d’ouvrages pour le grand public, dont les thèmes s’adressaient directement et simplement à plusieurs de nos préoccupations communes : À preuve, ces titres : «Pour arrêter de souffrir », « Le secret de la sérénité », «Vivre sans plafond », «La sexualité et l’amour» , «Le besoin de fuir» , etc.

Par la suite - dans les dernières années de sa vie – Placide a lancé un appel au dépouillement. À un lâcher-prise face aux nouvelles croyances. Il a invité les lecteurs à remiser au vestiaire « les habits neufs de la spiritualité», à quitter nos vêtements et nos « porte-mentaux » afin de franchir « cette porte sans porte » dont parlait Constantin Fotinas** pour plonger dans le « Oui » primordial, enfin uni au «Nu originel» où la Source de vie coule sans interférence de notre part.

Il fallait sans doute un «Franco- Manitobain» d’origine, un Québécois d’adoption, pour venir nous dire qu’il fallait mourir à chaque instant à son égo séparatiste, pour renaître dans la simplicité du Soi souverain !

Voilà tout le sens de la quête de Placide Gaboury, il me semble : une vie vécue au plus près d’une Source originelle et une œuvre, à son image, tel un jaillissement au plus près de cette Source.

Dans mon livre, « Michaël, mon fils », je cite Cervantès qui dit ceci : « Tout artiste est le fils de ses œuvres ». »

Voulant signifier par là que l’œuvre créée, engendre celui ou celle qui l’a créé… « Tout artiste est le fils de ses œuvres »

Je pense, du même coup, à cette phrase du poète, peintre et visionnaire anglais, William Blake, que vous connaissez sans doute. C’est lui qui a dit cette merveilleuse phrase :

- « Voir l’Univers dans un grain de sable et l’infini dans la paume de la main »

Blake, parlant du personnage de Jésus-Christ et de ses apôtres, disaient d’eux, qu’ils étaient des « artistes spirituels ». J’aime beaucoup la formule.

Je crois qu’elle s’applique aussi à celui que l’on commémore aujourd’hui : Placide, le pianiste, Placide, l’aquarelleliste, le philosophe, l’ami, etc.

Toute l’œuvre de Placide Gaboury est le fruit d’un artiste spirituel.

Voilà pourquoi elle aura marqué – et marquera – nos cœurs et nos consciences…

Depuis le début et jusqu’à son œuvre de la fin, cet Appel à l’innocence, son Testament spirituel.

Merci Placide…

*Richard Cummings a été interviewer, animateur et réalisateur d’émissions portant sur la quête de sens, dont les séries Émergences, Questions de sens et Évolutions, diffusées à la radio de Radio-Canada de 1987 à 2001. Il est l’auteur du livre «Michaël, mon fils» (Éditions de L’Homme).

**Constantin Fotinas est l’auteur, entre autres, du Tao de l’Éducation. Il a créé dans les années 1990 un laboratoire métaphysique aux Sciences de l’Éducation de l’Université de Montréal.